
Généralités
Dans notre pratique :
Nous apprenons à contrôler notre respiration dès le début du cours dans la phase de préparation et à travers les techniques, et particulièrement à travers les Kokyu Ho (Ko = expirer Kyu = inspirer). Cette respiration profonde stimule la circulation énergétique et sanguine notamment dans certains muscles profonds trop souvent inemployés en temps normal.
Une pratique régulière apporte une amélioration de la souplesse des articulations et de la colonne vertébrale. Il est à rappeler que certains médecins appellent la colonne vertébrale "l'arbre de vie".
La pratique de l'aïkido nous apporte la coordination gestuelle et la perception de notre corps dans l'espace.
Ceci est très important car cela permet de préserver notre corps des traumatismes et du vieillissement prématuré.
(De là à dire que l'aïkido empêche de vieillir…).
Pas de traumatismes : chacun sait qu'il n'y a pas de coup porté en aïkido, contrairement au karaté ou à la boxe par exemple. Il n'y a pas arrêt mais souvent déviation avec des effets spirales unfindibuliformes.
Il n'y a pas chute brutale (« claquée », comme en judo) mais chute arrondie, "voulue" et "non subie".
L'aïkido retarde le plus longtemps possible les raideurs liées au vieillissement : raideur des articulations et fragilité des os, des tendons.
La pratique de l'aïkido apporte enfin une force mentale par le biais de ce fameux Ki vers le Hara et à partir du Hara.
Cette force vitale très difficile à localiser et à maîtriser est indispensable à une bonne pratique de l'aïkido surtout à haut niveau. De plus, mentalement, l'aïkido est une activité particulièrement saine.
On ne cherche pas la destruction de l'autre (comme dans nombre d’arts martiaux ou de sports de combat) ni la dualité, mais l'union.
On peut dire que 1'aikidoka use d’une approche positive, et non négative.
Des aspects physiologiques bénéfiques
L'aïkido fait travailler de très nombreux groupes musculaires avec un équilibre droite/gauche quasiment parfait
(il y a 500 muscles dans le corps humain, et ils représentent la moitié du poids du corps humain)
Tronc :
Par un perpétuel changement de posture et une recherche d'assise permanente (shisei), 1'aikidoka peut être assimilé à une pyramide pendant les phases de repos et à une toupie dont il serait le centre pendant les phases d'action.
Ceinture scapulaire et membres supérieurs :
Le travail musculaire des membres supérieurs se fait surtout par extension avec 1'image type du sabre que l'on élève suivi d'un abaissement actif. Mais également toutes les extensions déclenchées par la technique de l'adversaire (penser à Shiho Nage).
Ceinture pelvienne et membres inférieurs :
Par les fréquents changements de niveau (debout - sol) et le déplacement à genoux typique de 1'aikido (Shikko). Il y a également le retour à la position debout avec les "extenseurs" de la hanche (grand fessier et ischio-jambier), du genou (quadriceps crural) et les "fléchisseurs" du pied (triceps sural).
L'aïkido fait travailler les métabolismes énergétiques et cardio-vasculaires
VO2max (volume d'air circulant dans le corps, en ml/minute/kg de masse) :
Après trois ans de pratique avec un entraînement de deux séances par semaine (deux fois 1 h 30), la VO2 max est chez I'aïkidoka de 52 ml/mn/kg. La valeur moyenne de la population française se situe entre 35 et 45 ml/mn/Kg.
La fréquence cardiaque :
Lors d'un cours standard pour pratiquants moyens, les fréquences oscillent entre 120 et 150 battements /minute.
Lors d'un stage intensif, la fréquence est de 161 battements /minute.
L'aïkidoka est à 83 % de la fréquence cardiaque maximale théorique (la fréquence cardiaque maximale = 220 - âge).
La fréquence cardiaque au repos est de 75 battements /minute.
Force.
Il est délicat de la quantifier mais elle s'exprime par 1'utilisation optimale de qualités énergétiques disponibles en accord avec une respiration adéquate.
Incidence favorable sur le psychisme
L’aspect "exotique" de sa pratique (habillement, terminologie, lieu, rituel de l’étiquette) provoque une coupure franche par rapport à la vie quotidienne.
Beaucoup y trouvent un exutoire aux stress quotidiens et considèrent que la pratique régulière apporte un nouvel équilibre psychologique.
Les contre-indications
Comme pour toute activité physique, il peut y avoir des contre-indications absolues (ex : cardiomyopathie, anévrisme, insuffisance respiratoire majeure...), et certaines affections prêtant à discussion, telles que :
1) L'asthme : l'asthme pose problème dans les sports où il y a des périodes d'apnée pouvant déclencher des crises. Cette situation ne se retrouve pas en aïkido (qui n’est du reste pas un sport) ou très peu. Mais il peut rester le problème des tapis empoussiérés si les aïkidokas ne nettoient pas correctement.
2) L'hypertension artérielle : des mesures montrent qu'une pratique intensive de l'aïkido ne provoque pas d'élévation importante de la pression artérielle.
3) La spasmophilie : certains pratiquants sujets à la spasmophilie ont arrêté l'entraînement, mais rien ne le justifie sur le plan médical. Ce fait se retrouve surtout chez les femmes jeunes et débutantes, peu motivées ou qui se laissent facilement décourager.
4) Les problèmes rachidiens : tassements discaux, lombalgies, cervicalgies, sciatiques etc. Le travail en charge en aïkido est rare. De plus, on peut compenser par des chutes en souplesse et sans projection. Des pratiquants ont signalé la disparition de leurs douleurs en découvrant un nouveau mode de travail et en corrigeant leurs positions.
5) Le diabète : contre-indication à la boxe et au karaté car liés aux risques oculaires, mais non à l'aïkido car il n'y a pas de coup porté, notamment au niveau des yeux.
6) L'épilepsie : comme pour toutes les activités physiques, il faut éviter les coups violents qui déclenchent les crises. En aïkido, il faut faire des chutes amorties ou en arrondi. De plus l'épileptique est dans un environnement favorable (tapis et pas d'obstacle).
L'aïkido, discipline idéale ?
Bien sûr, la réponse est assurément oui et sans appel si on interroge la plupart des anciens pratiquants. Il faut modérer ce propos en disant que bien entendu il peut y avoir des accidents traumatiques mais pour la médecine, les contre-indications sont limitées.
L'âge moyen du pratiquant est élevé par rapport aux autres arts martiaux et les avantages psychologiques de cette discipline sont considérables avec une possibilité de s'améliorer jusqu'à la fin de sa vie (Morihei UESHIBA a pratiqué jusqu'à 86 ans).
Le Suwari waza ou comment ménager ses genoux
Le genou est une articulation à deux degrés de liberté : la flexion-extension et la rotation (du tibia sur le fémur).
Cette rotation est automatique lors de la marche : chaque extension du genou s'accompagne obligatoirement d'une rotation externe (la pointe du pied va vers l'extérieur de l'axe du corps), chaque flexion d'une rotation interne. Cette rotation est due à la conformation des plateaux tibiaux sur lesquels pivotent les condyles fémoraux. Lors de la flexion extrême le genou se trouve en position de rotation interne et les ménisques subissent une pression intense vers l'arrière. En "Suwari Waza" le genou fonctionne en subissant plusieurs contraintes contradictoires :
1/ Il travaille en hyperflexion avec un minimum de congruence (contact) articulaire, ce pour quoi il n'a pas été conçu "au départ" et qui sollicite très fort les soutiens passifs de l'articulation : les ligaments
2/ il travaille en rotation interne passive mais subit en même temps un porte à faux intense du fait du travail actif en ouverture de la hanche et de la cheville (donc vers la rotation externe)
3/ du fait de la pression du corps en appui sur le genou cette articulation devient un pivot faisant subir de fortes tractions à type de torsion sur la peau et le tissu sous-cutané ; or ce tissu est en continuité anatomique avec la capsule articulaire et les ménisques (par l'intermédiaire des ailerons ménisco-rotuliens entre autre).
Le cumul de ces facteurs rend les ligaments croisés et surtout les ménisques très vulnérables en "Suwari Waza". Ils sont souples cependant et aptes à résister lorsqu'ils sont sains, bien hydratés, échauffés. Leur sollicitation excessive peut les fragiliser et donner au départ œdème et douleur passagère, qu'une reprise des activités debout peut suffire à faire passer. En signe de gravité on peut retenir la persistance de l’œdème et de la douleur ainsi qu'une raideur croissante à la remise en position debout (au pire avec blocage, sensation passagère de dérobement). Pour éviter cela :
1/ bien s'échauffer tranquillement.
2/ écouter sagement les conseils techniques du maître pour fuir tout mouvement fait avec une mauvaise technique, soit parce qu'on a mal écouté-regardé-compris soit parce qu'on est fatigué : mieux vaut alors s'arrêter que forcer en faisant mal le mouvement.
3/ très important : à la fin du mouvement il faut laisser le temps aux ménisques de revenir à leur position centrale donc il convient de se relever très lentement hors charge, c'est-à-dire déplier les genoux et les faire bouger un peu en restant au sol avant de les replier pour se lever.
Il est important de comprendre que les ménisques sont un cartilage souple non vascularisé : ce ne sont pas des artères qui les nourrissent mais l'alternance de pression-décompression dans le liquide synovial (exactement comme une éponge) ; après être resté quelque temps en Suwari Waza ou en Seiza l'éponge est "desséchée", il faut d'abord la laisser se réhydrater avant de lui faire subir des pressions. Quand on est jeune et que tout va bien on n'y pense pas... Tout se gâte quand il ne s'agit plus de prévenir mais de guérir. Or un ménisque abîmé reste abîmé (surtout s'il l'a été par des pratiques antérieures mal gérées), on ne peut qu'intervenir pour diminuer les symptômes. Une bonne hygiène de vie reste par ailleurs souhaitable mais ça c'est valable aussi debout !
Prendre soin de ses genoux en pratiquant l’Aïkido
Les problèmes de genoux sont fréquents.
Voilà des phrases qu’on peut entendre dans chaque Dojo :
- je ne peux pas monter sur le tatami aujourd’hui, j’ai mal aux genoux !
- est-ce que je peux travailler debout, j’ai trop mal pour faire cette technique à genoux ?
Une étude a montré que près de la moitié des pratiquants d’Aïkido ont des problèmes de genoux durant une saison, au point que cela gêne leur pratique. Ces problèmes sont essentiellement des douleurs qui se répètent souvent sans cause apparente.
Ils touchent autant les hommes que les femmes, mais d’abord les plus gradés, qui sont aussi les plus âgés.
Cela signifie-t-il que l’Aïkido est dangereux pour les genoux ?
Non, bien au contraire, l’Aïkido est une pratique de santé.
L’Aïkido est une pratique de purification profonde qui tend à développer, protéger et fortifier le corps et l’esprit dans le calme, le contrôle de soi et l’harmonie. Tant que l’Aïkido sera pratiqué comme un budo, il sera bon pour la santé. Mais s’il est pratiqué comme un sport, alors il y aura des problèmes.
La fréquence des problèmes de genoux est élevée puisque 45% des aïkidokas peuvent avoir été gênés dans leur pratique durant une "saison" : 40% des pratiquants éprouvé des douleurs, 16% des blocages (incomplets), 13% une instabilité.
La douleur est le plus souvent à l'avant du genou ou à plusieurs endroits. Une fois sur deux, la douleur s'est répétée de temps en temps toute la saison et n’a pas de facteur déclenchant particulier. La part des accidents d’aïkido est faible (10% des problèmes).
Ces problèmes se répètent souvent de saison en saison, puisque 43% des pratiquants ont eu des problèmes de genoux durant les saisons précédentes. La douleur est ce dont ils se souviennent le plus.
Les problèmes sont plus fréquents chez ceux qui pratiquent depuis plus de 5 ans et plus encore chez les plus gradés (Shodan et plus). Mais les plus anciens dans la pratique et les plus gradés sont aussi les plus âgés.
Par contre, les problèmes sont les mêmes pour les hommes et les femmes.
En d’autres termes, les techniques sont bonnes pour la santé si elles sont bien réalisées et traumatisantes si elles sont négligées.
La plupart des budos ont eu leur origine dans une sorte de programme d’amélioration physique développé en arts de self défense, puis en budo raffiné.
Parmi les excellents combattants, la longévité est certainement liée à l’amélioration de leur aptitude physique pendant l’entraînement du Budo.
Il faut comprendre toutefois que l’Aïkido est un Budo et non pas un programme d’amélioration physique !
L’Aïkido améliore seulement la santé comme résultat des exercices du budo.
De plus, n’oublions pas que les genoux sont sollicités dans toutes les activités de la vie courante, comme dans pratiquement tous les sports et les arts martiaux. Ils vieillissent aussi. Par ailleurs, les pratiquants sont de plus en plus âgés. Ne serait-ce qu’à cause de cela, nous devons prendre soin de nos genoux.
Quels sont les mouvements à risque
Une analyse biomécanique du genou montre que les mouvements pour lesquels il faut être vigilant sont essentiellement :
1. Descendre et se relever lors des ukemi,
2. S’agenouiller et se relever de la position seiza,
3. Travailler à genoux en Suwari Waza et Hanmi Handachi Waza,
4. En Tachi Waza, les pivots : Tai No Henka, Irimi-Tenkan et Taï Sabaki s'ils sont mal exécutés.
Pourquoi faut-il faire attention à ces mouvements ?
La réponse tient aux particularités de l'articulation du genou :
• Elle supporte tout le poids du corps,
• Elle ne fonctionne que dans une direction (flexion-extension),
• Elle est très superficielle (donc entourée de peu de muscles),
• Elle comporte des ménisques qui compensent le faible emboîtement entre le fémur et le tibia,
• A l'avant, la rotule améliore la transmission de la force du muscle quadriceps pour l'extension de la jambe.
Ces particularités du genou expliquent les quatre mouvements identifiés comme à risque
1. Lorsque Uke descend le corps avant une chute ou se relève après, il contracte le muscle quadriceps. Or, plus la jambe est fléchie, plus la contraction du quadriceps (le muscle à l'avant de la cuisse) entraîne une pression de la rotule sur le bas du fémur. La répétition de ces frottements plusieurs centaines de fois par cours peut entraîner une usure du cartilage, des douleurs à la flexion (syndrome fémororotulien) et, à terme, une arthrose du genou.
La contraction du quadriceps entraîne une pression de la rotule sur le fémur (la force résultante R) très importante quand le genou est fléchi.
2. Lorsque, plusieurs dizaines de fois par cours, le pratiquant s'assied en position Seiza ou se relève à partir de cette position, le même problème de contraction du quadriceps sur genou fléchi se retrouve. De plus, la forte flexion du genou entraîne un mouvement des ménisques qui reculent et se déforment pour accompagner le glissement des surfaces articulaires du bas du fémur sur le plateau tibial. La flexion complète sollicite au maximum les ménisques, et ils peuvent être lésés s'ils ne suivent pas exactement les mouvements des os. Les atteintes méniscales peuvent elles
aussi évoluer vers l'arthrose du genou. Toutefois, la position Seiza en elle-même est une position de repos où les tensions musculaires sont faibles.
3. Lors du travail en Suwari Waza4, le genou est toujours proche de la flexion maximale. Dans cette position, les ligaments latéraux sont détendus (donc jouent moins leur rôle stabilisateur) et les ménisques sont sollicités De plus, le genou est proche du sol. Normalement, seule la tubérosité tibiale antérieure est au contact du sol, mais sur un Tatami mou, la surface de contact est plus importante. Un appui sur la rotule serait très néfaste pour l'articulation fémoro-rotulienne.
4. Enfin, pour réaliser la plupart des techniques d’Aïkido, Tori a besoin de faire des changements de direction basés sur des pivots. Si le pivot est réalisé alors que le pied est en appui, le genou est sollicité en torsion alors qu'il est conçu pour travailler seulement en flexion et extension. Des sollicitations répétées en torsion peuvent entraîner des lésions des ligaments, notamment au niveau des ligaments croisés antérieurs.
4 La position Suwari Wasa est manifestement délicate pour nos genoux occidentaux, mais sa biomécanique n’a jamais été étudiée précisément.
Comment pratiquer sans mettre ses genoux en danger ?
La première prévention, et la plus importante, c’est de pratiquer juste, c’est-à-dire tout simplement, d’apprendre l’Aïkido.
L’Aïkido est un Budo qui permet de se connaître soi-même et de travailler sur soi-même. Pour cela, il faut éduquer ses gestes, travailler sur la perception de son attitude et de ses mouvements et s’adapter à son corps, car chacun est différent.
Le rôle du professeur est important pour guider cet apprentissage, faire prendre conscience des bonnes et mauvaises attitudes et de leurs conséquences.
Mais, finalement, c'est l'élève qui va prendre en compte ou non cet enseignement dans sa pratique.
Ceci étant précisé, voici quelques conseils pour la pratique
• D’une manière générale, lors des innombrables flexions et extensions dues aux Ukemi et à la position Seiza, il faut éviter les chocs répétés sur les genoux et les prises d’appui en reportant tout son poids sur un seul genou .
Pour se relever après Ukemi, il convient de rassembler les deux pieds sous les hanches (fesses) et d’éviter ainsi les porte-à-faux : la poussée s’effectue donc sur les deux jambes en répartissant le travail entre les ischio-jambiers, les fessiers et les quadriceps.
Un geste à éviter : se relever en forçant sur un seul genou.
Rassembler ses jambes sous les fesses permet de se relever en répartissant le poids sur les deux genoux.
• La descente du corps (contraction excentrique) avant Ukemi doit être également travaillée de la même manière : les deux points d’appui cèdent sous les hanches en utilisant la force des hanches pour un minimum de force des jambes (Kokyu Ryoku). Descente du corps à la verticale au dessus des appuis.
• Seiza : pour s’asseoir (Suwarikata). En position debout, les deux pieds sont joints, écarter et plier légèrement les genoux (la main droite écarte les plis du Hakama). Poser délicatement un genou, puis l’autre. Allonger les pieds, les gros orteils se croisent, le poids vient s’appliquer sur les talons (et non pas sur les genoux) et on s’assied entre les talons tout en restant bien vertical.
Il faut avoir l’impression de soutenir le ciel avec la tête ou d’être suspendu au ciel (sensation d’auto-grandissement, étirement de la colonne vertébrale).
Bien s’asseoir en Seiza.
Le poids du corps est toujours au dessus des talons et non des genoux.
• Pour se relever de la position Seiza (Tachikata) : la hanche s’élève, les doigts de pied prennent appui, le pied droit vient au niveau du genou gauche. Se dresser calmement en prenant bien appui sur les deux pieds sans se pencher.
La force dans les hanches, pousser vers le ciel (autograndissement) et diriger le mental vers l’avant.
Se relever de Seiza en poussant sur les deux genoux. Attention à garder le pied sur la même ligne que le genou. La position Seiza étant une position de repos, il n’y pas de grande tension dans le quadriceps, sauf en cas de rigidité du muscle. Elle n’est donc pas dangereuse pour l’articulation fémoro-rotulienne (le problème est surtout lorsqu’on se relève).
Par contre, la flexion étant maximale, les ménisques sont très sollicités.
La principale contrainte dans cette position provient du manque de souplesse de la cheville (elle est en extension maximale) et de la compression qui gêne la circulation du sang. En conséquence, la position Seiza doit être utilisée mais sans aller au-delà de la limite du tolérable.
Trois positions alternatives à Seiza sont possibles tout en gardant la verticalité : assis en tailleur, assis jambes fléchies de côté, assis talons joints devant jambes fléchies.
Trois positions alternatives à Seiza
Particularité pour les enfants : si les adultes ont tendance à trop "forcer", c’est l’inverse pour les enfants. Si on leur propose de se mettre en tailleur au lieu de Seiza, ils le feront tout de suite. Il faut donc insister auprès d’eux sur l’intérêt d’apprendre et de respecter cette position, sans toutefois aller jusqu’à la gêne ou la douleur.
• Suwari Waza : rester assis en Seiza et se déplacer à genoux sont des gestes traditionnels pour les japonais, mais difficiles pour nous qui ne les avons pas pratiqués dès la petite enfance.
De plus, nos genoux sont différents de ceux des Asiatiques et moins adaptés à ces mouvements.
Il nous faut donc apprendre progressivement le travail à genoux
1. Apprendre d’abord à se déplacer en Shikko avant de faire des techniques. Lors de Shikko (marche à genoux), il faut prêter la plus grande attention à la répartition des masses. Le poids doit porter sur les pieds, dans le prolongement de la colonne vertébrale.
Shikko : suivant l'axe vertical du corps et non pas en avant sur les genoux. Le point de contact sur le Tatami est la pointe du tibia (tubérosité tibiale antérieure) et jamais la rotule.
2. Le travail en Suwari Waza vient ensuite. Il est important pour l'apprentissage de l'Aïkido du fait des déplacements plus limités que debout. De plus, ce travail est bon pour la santé car il déverrouille et assouplit les orteils, les chevilles et les jambes. La force, comme toujours, doit se situer au niveau des hanches, en veillant à rester vertical et à toujours ramener ses pieds sous le centre.
Le professeur doit veiller à travailler en Suwari Waza avec modération, par séquences en alternance avec le travail debout (en s’adaptant au public).
Pour les élèves, ne pas aller au-delà des limites du tolérable et alors ne pas hésiter à travailler debout sans avoir honte (le professeur doit proposer cette possibilité).
Bonne position en Suwari Waza : verticalité et pieds rassemblés
Un geste à éviter en Suwari Waza : reporter tout son poids sur un seul genou
• En Tachi Waza, les déplacements en pivot (Irimi-Tenkan, Taï Sabaki) ne doivent pas solliciter les genoux en rotation et en force. Rappelons que l’articulation du genou n’est pas conçue pour les rotations et donc, qu’à ce titre, il est impératif de porter son attention sur l’ouverture de la hanche afin de soulager les genoux et les pieds. Il convient donc de travailler les genoux déverrouillés, un peu fléchis, en position de ressort et d’entamer les pivots en libérant la hanche avec une amorce de rotation avant que le pied, et donc le genou, ne soit en appui sur le sol.
Ouverture de la hanche pendant un pivot.
Un geste à éviter en Tachi Waza : pivoter avec le poids en appui sur le genou qui pivote.
• De manière générale, il faut marcher et se déplacer en évitant le plus possible les fentes importantes et en gardant toujours les jambes sous les hanches (comme pour Shikko). Cela permet un maximum d’efficacité pour un minimum d’effort et de contraintes sur les genoux.
Enfin, même si les accidents du genou sont peu fréquents en Aïkido, garder ses appuis rassemblés sous les hanches diminue le risque de choc sur le genou, que ce soit avec Uke (par exemple lors de Koshi Nage) ou avec un autre pratiquant qui ne maîtrise pas sa chute.
Bonne position en Tachi Waza : verticalité, pieds peu écartés.
Comment préparer ses genoux à la pratique ?
La préparation d’Aïkido (Jumbi Dosa : Aïki Taïso) fait partie intégrante de la pratique et que toutes les bases de l’Aïkido y sont. C’est une étape importante qui permet de s’entraîner à faire les gestes justes dont nous avons besoin dans la pratique. Ce n’est pas seulement "s’échauffer". Toute la prévention est dans les différentes méthodes de préparation.
Voici quelques points de préparation importants pour les genoux :
• Adapter la préparation (durée, type de préparation…) à l’âge et à l’ancienneté des pratiquants.
Pour les débutants, les sensibiliser à la précision des gestes. Répéter… c’est le principe de tout apprentissage et de toute pédagogie.
• Travail en Shikko : il permet de s’entraîner au Suwari Waza, de travailler la verticalité. Le poids du bassin est sur les pieds, les genoux glissent et se posent délicatement sur le tatami . Ce travail développe le travail des hanches, ainsi que la stabilité.
• Montrer la bonne position Seiza , genoux correctement écartés (deux poings pour les hommes, un seul pour les femmes), bassin basculé vers l’avant, épaules basses, dos droit, le Ki fermement implanté dans le Seika Tanden, la tête légèrement étirée (suspendue par le haut).
• Apprendre à se relever et s’asseoir en Seiza, comme expliqué ci-dessus.
• Ukemi : lors des chutes avant ou arrière, il faut appliquer exactement les mêmes consignes que pour descendre et surtout se relever de la position Seiza. A aucun moment les genoux ne doivent heurter le sol. Pour cela, il est essentiel de conserver un bon appui au sol, les pieds bien repliés sous les hanches (fesses) (position accroupie sur la pointe des pieds.
Même si cela n’est pas très orthodoxe dans l’apprentissage des Ukemi, le professeur peut permettre l’usage et l’aide des mains pour se relever.
• Les pivots : Taï No Henka, Taï Sabaki, Irimi Tenkan : légèreté des déplacements, ouverture de la hanche, contact sur le sol sur la pointe des pieds, les talons très légèrement décollés du Tatami.
• Des étirements à faire lors de chaque préparation : étirements des quadriceps, des ischio-jambiers, du tenseur du
fascia lata, des jumeaux.
Etirement du droit antérieur.
Etirement des ischio-jambiers et du tenseur du fascia lata.
Le tenseur du fascia lata est un muscle voisin des ischio-jambiers qui joue le même rôle qu’eux.
Etirement des jumeaux (deux possibilités).
• Autres exercices à faire à chaque préparation : rodage articulaire (flexions, rotations des genoux…), massage et relâchement des rotules, brassage synovial.
Rodage articulaire. Massage des rotules (attention à ne jamais appuyer sur les rotules : au contraire, les soulever).
• Lors de la pratique, rappeler régulièrement les bonnes positions étudiées durant la préparation. Faire ce lien entre
préparation et pratique est très important (et doit avoir des répercussions dans la vie quotidienne).
Que faire en cas de problèmes de genoux ?
Il est préférable d’arrêter la pratique tant que la gêne est permanente sur le Tatami (Mitori-Geiko).
Si les problèmes de genoux (douleur ou instabilité) permettent encore de pratiquer, il faut rechercher d’autant plus les positions et gestes qui économisent les genoux et minimisent la douleur.
Autrement dit, chercher à travailler encore plus juste.
Quelques conseils pour aider la pratique dans ces conditions :
• Trouver des astuces pour limiter la charge des genoux : par exemple, se relever en s’aidant des mains allège les contraintes sur les genoux.
• Limiter les positions à genoux (Seiza, Suwari Waza). Changer sa position d’attente ou de repos. Au besoin,
se munir d’un petit coussin discret que l’on peut glisser sous les fesses. Ne pas hésiter à travailler en Tachi Waza, mais en limitant les chutes !
• Essayer les genouillères. Ne pas hésiter à les personnaliser : par exemple, les évider sur la rotule pour permettre le travail en Suwari Waza.
Hors du Dojo, on peut également :
• Faire tous les jours chez soi des étirements des muscles quadriceps, ischio-jambiers, tenseur du fascia lata et jumeaux et des exercices de rodage articulaire (pédalage sans résistance).
• Renforcer la musculation des cuisses, de préférence avec le vélo ou la natation, où le poids du corps ne pèse plus sur le genou. Eviter les autres sports durant les périodes douloureuses.
Etirement du droit antérieur (à gauche) et des jumeaux (à droite).
Etirement des ischio-jambiers et du tenseur du fascia lata.
• Eviter de monter et descendre à pied les escaliers. Eviter de soulever des charges lourdes, surtout genoux fléchis.
• Perdre du poids, si nécessaire : cela évite de surcharger les genoux.
Enfin, ne pas hésiter à consulter un médecin du sport si les problèmes durent ou se répètent. Il fera un diagnostic et pourra proposer une réponse adaptée à votre cas qui pourra comporter un ou plusieurs des moyens suivants : conseils pratiques, kinésithérapie, traitement anti-inflammatoire, injections intra-articulaires, intervention chirurgicale (ménisques essentiellement).
Certains disent avoir eu de bons résultats avec l’acupuncture, le do in ou l’ostéopathie.
En conclusion...
L’Aïkido est l’art de préserver la vie par une étude très fine du corps et de l’esprit qui sous-tend la pratique (Keïko). Il doit permettre de vivre plus intensément. Il est donc paradoxal qu’il puisse créer des handicaps.
Prendre soin de ses genoux implique d’accorder de l’importance à des gestes banals qui ne paraissent pas toujours importants dans la pratique mais qui se répètent souvent : descendre le corps avant Ukemi, se relever après, s’asseoir et se relever de la position Seiza, se déplacer à genoux, faire des pivots en Tachi Waza.
Nous encourageons donc les pratiquants et les professeurs à donner de l’importance à la préparation (Jumbi Dosa) et à la finesse d’exécution des techniques.
Est-il nécessaire de rappeler que l’Aïkido exclut toute forme de violence, de travail en force et de manifestation de l’ego qui engendre les problèmes ? Le Maître nous montre la voie. A nous d’en faire le meilleur usage.
" Une bonne attitude, une bonne posture, reflètent un bon état d’esprit. "
(O Sensei Morihei Ueshiba)